16h16 : ce qui te touche et t’élève
Tu viens de voir 16h16 ? Cette heure miroir est associée à Véhuel, le quarante-neuvième des 72 Anges gardiens. Dans une lecture symbolique, elle évoque l’élévation intérieure, la sensibilité, la générosité et la reconnaissance des qualités humaines.
Qui est Véhuel ?
Véhuel appartient au chœur des Principautés. Son attribut est « Dieu grand et élevé ».
Dans La Science cabalistique, publiée initialement en 1823, Lazare Lenain relie son invocation à l’admiration et à l’élévation vers Dieu. Il lui associe les personnes qui se distinguent par leurs talents et leurs vertus.
Il décrit les personnes nées sous son influence comme sensibles et généreuses, estimées pour leurs qualités et leurs bienfaits. Il mentionne également la littérature, la jurisprudence et la diplomatie.
Notre fiche développe l’altruisme, la tolérance, la contemplation et le dévouement envers autrui.
Qu’est-ce qui trouve un écho chez toi ?
- Quel paysage, quelle œuvre ou quel geste humain te laisse parfois sans mots ?
- Quelle qualité d’une personne de ton entourage te touche particulièrement ?
- Quel talent as-tu plaisir à mettre au service de quelqu’un ?
- Dans quelles occasions ta générosité s’exprime-t-elle le plus naturellement ?
- Quel livre ou quel texte t’a marqué par sa beauté ou sa profondeur ?
- Lorsqu’il faut prendre une décision juste pour plusieurs personnes, à quoi es-tu attentif ?
- Comment trouves-tu les mots pour aborder un sujet délicat avec quelqu’un ?
- Qu’est-ce qui te permet de prendre de la hauteur : une promenade, une lecture, une prière, un moment de silence ?
Le petit message de ton Ange miroir
Une lecture qui t’élève, un geste généreux, une conversation menée avec tact : ces questions peuvent faire écho à ce que tu vis déjà.
Elles peuvent aussi te donner envie de retrouver une source d’inspiration ou de mettre davantage en valeur une qualité que tu apprécies.
Et parmi les qualités que tu reconnais chez les autres, lesquelles sais-tu aussi reconnaître chez toi ?
À la cour de Louis XIII, l’arrivée du duc de Sully suscite des moqueries. Pourquoi Adam Smith raconte-t-il cette scène ? Découvre « 16h16 : qui mérite vraiment notre admiration ? ».
16h16 : Véhuel et le passeport de ceux qui n'avaient plus de pays
Sur un ancien document administratif français, trois inscriptions attirent l'attention.
FRANCE
PASSEPORT NANSEN
CERTIFICAT D'IDENTITÉ ET DE VOYAGE
Plus bas, une précision assez surprenante indique que son titulaire n'a pas qualité pour obtenir un passeport français.
Comment un pays peut-il délivrer un document portant le nom de passeport à quelqu'un qui n'est pas son ressortissant ?
La réponse nous ramène aux années qui suivent la Première Guerre mondiale, lorsque des centaines de milliers de personnes se retrouvent privées des documents nécessaires pour voyager, travailler ou reconstruire leur existence.
Elle nous conduit également vers l'histoire d'un explorateur norvégien, Fridtjof Nansen, qui va contribuer à inventer une réponse diplomatique à cette situation.
Une histoire particulièrement évocatrice de l'univers de Véhuel, le 49ᵉ des 72 Anges gardiens, associé à l'heure miroir 16h16, pendant sa régence de 16h00 à 16h20.
Car cet Ange, dont l'attribut traditionnel signifie « Dieu grand et élevé », est notamment associé à la générosité, à la grandeur d'âme, à la jurisprudence et à la diplomatie.
Et parfois, ces qualités peuvent prendre la forme inattendue d'un simple document administratif.
Des hommes que les frontières ne reconnaissaient plus
En 1921, l'Europe porte encore les blessures de la guerre.
Des empires ont disparu, des frontières ont été redessinées et la révolution russe a contraint une multitude de personnes à quitter leur pays.
Certains réfugiés ont perdu leurs papiers pendant leur fuite. D'autres possèdent des documents que les autorités étrangères ne reconnaissent plus. D'autres encore ont été privés de leur nationalité.
Ils peuvent avoir une famille, une profession, des compétences et parfois même des ressources.
Mais lorsqu'ils souhaitent quitter le pays où ils ont trouvé provisoirement refuge, une difficulté surgit.
Pour entrer dans un autre État, il leur faut généralement un passeport reconnu.
Pour obtenir un passeport national, il faut pouvoir s'adresser aux autorités de son pays.
Or certains réfugiés n'ont plus de pays disposé à les protéger ou à leur délivrer les documents nécessaires.
Ils se retrouvent enfermés dans une étrange contradiction.
Ils sont libres de leurs mouvements dans certaines limites, mais ne peuvent pas toujours franchir une frontière légalement.
Ils pourraient trouver du travail ailleurs, mais ne disposent pas des papiers permettant d'entreprendre le voyage.
Leur identité n'a pourtant pas disparu.
Ce sont les administrations qui ne savent plus comment la reconnaître.
À Genève, la jeune Société des Nations cherche une solution.
Elle confie cette mission à un homme dont la réputation s'est d'abord construite dans un tout autre univers.
L'explorateur qui changea de frontières
Fridtjof Nansen est déjà célèbre lorsqu'il devient, en 1921, le premier Haut-commissaire aux réfugiés de la Société des Nations.
En 1888, il a participé à la première traversée de l'intérieur du Groenland à skis.
Quelques années plus tard, son expédition à bord du Fram l'a conduit vers les régions polaires, au cours d'un voyage qui a marqué l'histoire de l'exploration.
Nansen connaît les cartes, les itinéraires incertains, les obstacles et les moyens de les surmonter.
Mais, dans l'Europe de l'après-guerre, les difficultés qu'il rencontre sont d'une autre nature.
Il ne s'agit plus de traverser la banquise.
Il faut convaincre des gouvernements d'accepter des personnes dont aucun passeport national ne garantit l'identité.
La difficulté est immense.
Chaque pays possède ses propres lois et ses propres préoccupations en matière d'immigration. Les autorités veulent savoir qui entre sur leur territoire et dans quelles conditions cette personne pourra éventuellement en repartir.
Les réfugiés, de leur côté, ont besoin d'une possibilité concrète de circuler pour chercher du travail ou rejoindre leurs proches.
Une idée émerge alors des échanges entre les organisations humanitaires et les représentants de la Société des Nations.
Le délégué du Comité international de la Croix-Rouge Édouard Anton Frick, proche collaborateur de Nansen, propose de créer un document spécial.
Il serait délivré par le pays dans lequel réside le réfugié.
Il permettrait d'établir son identité et de solliciter les autorisations nécessaires pour voyager.
Mais il ne lui donnerait pas la nationalité de ce pays.
Du 3 au 5 juillet 1922, seize États participent à Genève à une conférence consacrée à cette question.
Le 5 juillet, un arrangement international prévoit la création de certificats d'identité destinés aux réfugiés russes.
Le document prendra bientôt le nom de passeport Nansen.
Dans sa première forme, il ne ressemble même pas nécessairement au petit livret que nous connaissons aujourd'hui.
Il s'agit d'une feuille de papier.
Une feuille destinée à circuler dans un monde où, jusqu'alors, les frontières demeuraient fermées à ceux qui ne possédaient pas les documents attendus.
Véhuel, la grandeur d'âme et la diplomatie
En 1823, près d'un siècle avant la création du passeport Nansen, Lazare Lenain publie La Science cabalistique.
Dans la notice consacrée à Véhuel, il décrit un Ange lié à l'élévation spirituelle et aux personnes qui se distinguent par leurs talents et leurs vertus.
Il lui attribue une influence sur les êtres sensibles et généreux, capables de se faire estimer par leurs bienfaits.
Puis il ajoute trois domaines dans lesquels ces personnes pourraient particulièrement se distinguer :
La littérature, la jurisprudence et la diplomatie.
Cette dernière association mérite notre attention.
La générosité est souvent représentée par un geste personnel.
Nous imaginons quelqu'un qui partage ses biens, accueille un inconnu, apporte de la nourriture ou vient en aide à une personne en difficulté.
Ces gestes sont précieux.
Mais comment aider lorsque la difficulté ne dépend pas d'un manque de nourriture ou d'argent, mais de l'organisation même des sociétés ?
Un particulier peut offrir un repas à un réfugié.
Il ne peut pas, à lui seul, contraindre plusieurs gouvernements à reconnaître un document de voyage.
Pour cela, il faut négocier, réunir des États, établir des accords et trouver des solutions juridiques acceptables.
L'histoire du passeport Nansen fait ainsi apparaître une forme de générosité moins visible.
Elle passe par des conférences, des circulaires administratives, des échanges entre diplomates et des décisions gouvernementales.
Elle ne possède pas toujours la beauté immédiate d'un geste charitable.
Pourtant, ses conséquences peuvent transformer des milliers d'existences.
Dans la tradition rapportée par Lenain, le génie contraire à Véhuel est notamment associé à l'égoïsme, à la haine et à l'hypocrisie.
La création du passeport Nansen offre un contraste intéressant avec cet univers.
Les gouvernements réunis à Genève ne partagent pas nécessairement les mêmes intérêts. Ils n'abandonnent pas leurs prérogatives et n'ouvrent pas toutes leurs frontières sans condition.
Mais ils acceptent progressivement de reconnaître un document destiné à des personnes qui, jusque-là, échappaient aux catégories administratives habituelles.
La grandeur d'âme associée à Véhuel trouve ici une expression collective : des règles capables de transformer des intentions généreuses en possibilités concrètes.
Un passeport qui ne donnait pas tous les droits
Le passeport Nansen n'était cependant pas une solution miraculeuse.
Il ne conférait aucune nationalité.
Il ne garantissait pas automatiquement l'obtention d'un visa, ni le droit de résider ou de travailler dans un autre pays.
Et une difficulté préoccupait particulièrement ses concepteurs.
Supposons qu'un réfugié obtienne un certificat d'identité dans son pays de résidence.
Grâce à ce document, il entreprend un voyage pour chercher du travail ailleurs.
Mais si ses démarches échouent, pourra-t-il revenir dans le pays qui lui a délivré son certificat ?
Pas nécessairement.
Cette question apparaît clairement dans la correspondance diplomatique de l'époque.
En juin 1924, lorsqu'une extension du dispositif aux réfugiés arméniens est étudiée, le secrétariat de la Société des Nations insiste sur l'importance de faciliter leur retour dans le pays ayant délivré le document.
Il propose même de prévoir un emplacement particulier sur le certificat pour mentionner cette autorisation.
Mais les gouvernements conservent leur liberté de décision.
La possession d'un passeport Nansen ne signifie donc pas que son titulaire peut voyager et revenir à volonté.
Cette limite pourrait sembler décevante.
Elle révèle surtout la difficulté de construire une protection juridique internationale dans un monde où chaque État conserve le contrôle de ses frontières.
Le dispositif évoluera.
Il sera progressivement étendu à d'autres catégories de réfugiés, notamment arméniens, puis à certains groupes originaires du Proche-Orient.
Au fil des années, 52 États finiront par reconnaître le passeport Nansen.
Près d'un demi-million de personnes bénéficieront de ce système pendant les années d'activité du Haut-commissariat dirigé par Nansen.
En 1922, l'explorateur norvégien reçoit le prix Nobel de la paix pour son action humanitaire.
Mais le document qui porte son nom doit aussi quelque chose à Édouard Anton Frick, aux délégués du Comité international de la Croix-Rouge, aux fonctionnaires et aux représentants des États qui ont participé à son élaboration.
Ce ne fut pas l'œuvre d'un seul homme.
Il fallut une multitude de personnes pour qu'une idée puisse devenir un instrument reconnu au-delà des frontières.
Et derrière les chiffres se trouvaient autant de situations différentes.
Une personne espérant rejoindre sa famille.
Une autre cherchant un emploi.
Une autre encore essayant simplement de quitter une existence devenue trop précaire.
Le passeport ne garantissait pas la réussite de leurs démarches.
Il pouvait néanmoins rendre le voyage envisageable.
Il reste aujourd'hui des exemplaires de ces anciens passeports dans les collections historiques.
Certains portent les marques de plusieurs administrations, des tampons, des signatures, des photographies et des visas.
Sur un modèle conservé dans les archives du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, on distingue les rubriques destinées à identifier le titulaire.
Son nom.
Ses prénoms.
Sa date et son lieu de naissance.
Autant d'informations qui semblent ordinaires à ceux qui possèdent des papiers reconnus.
Pourtant, dans l'Europe des années 1920, parvenir à faire accepter ces quelques lignes par plusieurs États représentait une avancée considérable.
Fridtjof Nansen avait autrefois traversé les immensités glacées du Groenland.
Des années plus tard, son nom figurait sur des documents qui permettaient à d'autres hommes et femmes de tenter des voyages infiniment plus modestes.
Parfois, quelques centaines de kilomètres seulement.
Mais, pour les personnes qui ne pouvaient plus franchir une frontière, cette distance pouvait représenter tout un avenir.